BNP Paribas utilise des cookies sur ce site internet. En poursuivant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation de ces cookies. Vous pouvez consulter notre Politique Cookies pour de plus amples informations et pour savoir comment les bloquer sur votre ordinateur. Le fait d’empêcher le dépôt de cookie sur votre terminal peut induire une expérience réduite des fonctionnalités de ce site.

#Investissements — 11.06.2018

Le commerce international mis à mal ?

Guillaume Duchesne

Les Etats-Unis ont confirmé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’Europe, du Canada et du Mexique.

Après deux mois d’incertitudes, les autorités américaines ont finalement durci le ton en confirmant le 31 mai la fin de l’exemption de droits de douane de 25% et de 10%, respectivement sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’Union européenne, du Canada et du Mexique. Elles souhaitent ainsi diminuer les importations et augmenter le taux d’utilisation de capacités du pays. Tandis que la Corée du Sud, le Brésil et l’Australie ont rapidement accepté des concessions commerciales en échange de l’exemption de ces taxes, l’Europe, le Canada et le Mexique ont pour leur part maintenu un discours plus ferme à l’égard des Etats-Unis.

Par ces mesures protectionnistes, le Président Trump souhaite clairement exercer des pressions sur ses partenaires commerciaux. Ses motivations sont multiples. Tout d’abord, il est urgent pour D. Trump d’obtenir des résultats politiques visibles à l’approche des élections de mi-mandat, en novembre prochain. Ensuite, la renégociation des accords de l’Alena – accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique –, toujours en cours, s’enlise.  Enfin, le Président Trump semble vouloir s’affranchir des règles de l’Organisme mondial du commerce, garante du commerce international multilatéral, et négocier des accords pays par pays, selon lui, préférables.

La décision du Président Trump soulève plusieurs remarques :

  • L’annonce elle-même ne remet pas en question la croissance économique mondiale, toujours solide. Nous prévoyons une croissance de 3% en 2018 aux Etats-Unis et de 2,2% en Europe. L’effet de la mesure sera limité compte tenu du poids modeste des activités concernées. En Europe, elles ne représentent qu’1% de l’activité économique (L’UE exporte 5 millions de tonnes d’acier et d’aluminium vers les Etats-Unis).

     

  • L’environnement macroéconomique reste porteur pour le secteur de l’acier. L’économie chinoise se porte bien, les entreprises du secteur sont optimistes avec une dynamique de croissance synchronisée, c’est-à-dire dans toutes les zones géographiques. Cette dynamique se reflète dans les carnets de commandes des entreprises du secteur. Les prix de l’acier sont par ailleurs à des niveaux élevés.

     

  • L’impact sur les différentes entreprises des activités concernées sera variable en fonction de la part de leurs exportations vers les Etats-Unis, mais aussi de la localisation de leurs centres de production. Certaines entreprises, notamment européennes, éviteront en effet les droits de douane grâce à une production sur le territoire américain. Les entreprises américaines seront a priori avantagées (prix de l’acier plus élevé, plus faible concurrence), sauf pour celles qui possèdent des usines au Mexique.

     

  • De l’instauration de ces tarifs douaniers  découle une question cruciale : vers quelles zones sera réorientée la production d’acier et d’aluminium, habituellement destinée aux Etats-Unis ? L’Europe a déjà lancé une enquête de sauvegarde  en réponse aux restrictions américaines sur l'acier et l'aluminium en mars. La procédure peut déboucher sur l'imposition de droits de douane ou de quotas à l'importation qui protégeront les producteurs de l'UE contre les importations excessives, si cela s'avère nécessaire. Le système de surveillance des importations d'acier a souligné que les importations de certains produits sidérurgiques ont augmenté. Cette tendance pourrait être encore plus forte maintenant que l'accès au marché américain a été limité. Une réorientation vers l'Europe pourrait perturber le marché européen et agir sur les prix.

     

  • La négociation difficile, potentiellement conflictuelle, entre les pays, ainsi qu’une cascade potentielle de mesures de rétorsion peuvent laisser craindre une montée du protectionnisme et donc une contraction des échanges commerciaux. Le sujet a été  abordé lors du G7 au Canada le 8 et 9juin, dans un climat difficile.  Une des pierres d’achoppement fut la question des tarifs douaniers, L’éventuel élargissement des mesures protectionnistes à d’autres secteurs d’activité est par ailleurs préoccupant. Le Président Trump a en effet poursuivi son action sur le plan commercial en lançant une procédure à l’encontre des importations de véhicules.  Son objectif est probablement de maintenir la pression dans le cadre de la renégociation des accords de l’Alena (la question de l’origine des voitures importées est au cœur de la négociation). L’Allemagne et le Japon, très présents aux Etats-Unis, sont également directement concernés avec respectivement 25 et 50 millions de véhicules exportés aux Etats-Unis par an. Une nouvelle fois, seuls les constructeurs disposant de sites de production aux Etats-Unis pourront éviter les droits de douane et donc s’immuniser contre un effet négatif sur leurs bénéfices.

En conclusion, il est très difficile d’estimer avec exactitude les conséquences des mesures protectionnistes annoncées, avant tout à cause de la dimension politique du sujet. Si les relations commerciales internationales ne se dégradent pas, notre scénario de croissance solide ainsi que le maintien de l’appétit pour des valeurs pro-cycliques sur les marchés boursiers devraient contribuer à  une poursuite de la bonne performance boursière du secteur des matériaux qui, il faut le souligner, a bien résisté aux annonces protectionnistes. Nous sommes en revanche prudents sur l’automobile (réglementation, cycle de ventes, protectionnisme, valorisation). Voir à ce propos