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#Philanthropie — 01.03.2016

Qu’est-ce que l’impact social et quelle est son importance ?

Nathalie Sauvanet et Ashling Cashmore

L’impact social a le vent en poupe. Veiller à l’impact social de ses actions est une préoccupation croissante pour les philanthropes du monde entier.

Pour qu’elles aient un impact social bénéfique, nos actions doivent contribuer positivement et durablement à l’évolution de la société. Alors que ce n’était pas le cas il y a plusieurs années, les clients que nous conseillons sont de plus en plus enclins à prendre en compte l’impact social dans leurs stratégies philanthropiques. D’où vient cette tendance ?


Un nouveau paradigme


Le fait de placer l’accent sur les résultats constitue une rupture par rapport aux pratiques du passé. Ainsi, plutôt que de se contenter d’aider les gens en situation d’extrême pauvreté en leur donnant de l’argent ou de la nourriture, les personnes soucieuses des questions d’impact social adoptent une démarche plus constructive en s’attaquant aux racines de la pauvreté et en construisant des passerelles permettant d’en sortir. Il existe un proverbe chinois souvent cité qui dit : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours ».


Les racines de l’impact social

À bien des égards, cette préoccupation naissante pour l’impact social et pour les résultats tient à l’influence croissante qu’exercent les logiques d’entreprises traditionnelles sur le secteur caritatif
. Au cours des dernières années, l’attention s’est portée sur des méthodes comme l’impact investing (investissement d’impact) et la venture philanthropy (capital-risque philanthropique), dont les racines puisent aux sources du capital-risque et du capital-investissement (private equity).

L’approche qui consiste à évaluer l’impact social est de plus en plus répandue et certaines organisations comme l’European Venture Philanthropy Association (« EVPA ») s’efforcent de définir une méthode standardisée permettant de calculer l’impact social. L’objectif est d’en généraliser l’usage. Il n’est pas surprenant de constater que l’EVPA a été créée par des personnes ayant de l’expérience dans le secteur du capital-investissement.

De nouveaux outils de financement visant à promouvoir l’impact social ont été développés : l’année 2010 a été marquée par l’émission de la première obligation à impact social (social impact bonds) par Social Finance UK. Le groupe a lancé l’idée d’un paiement conditionné aux résultats d’un programme de réinsertion de détenus. Les fonds sont levés en amont auprès d’investisseurs pour permettre à l’organisation caritative de mener à bien son programme. Les investisseurs sont remboursés par le gouvernement uniquement si le programme est une réussite. Des obligations à impact social ont été émises dans plusieurs pays.

Il va sans dire que l’essor de l’impact social est en partie dû au dynamisme du secteur philanthropique, très concurrentiel. Les organismes d’intérêt général rivalisent pour attirer les donateurs : la capacité à fournir des preuves tangibles d’impact social peut se révéler un véritable facteur de différenciation et leur permet de justifier leur existence.


Impact social : des exemples concrets

Pour les acteurs du monde de l’entreprise, il est logique – et normal – d’exiger à la fois performance et résultats concrets.
Plus d’un tiers de nos clients, principalement des entrepreneurs, nous sollicitent avec l’envie de changer véritablement la donne. Les entrepreneurs philanthropes ou « philantrepreneurs » souhaitent apporter leur savoir-faire et leur énergie à leurs projets philanthropiques pour en améliorer l’efficacité et pour s’assurer que leur argent est bien dépensé.

C’est le cas de Michael de Giorgio, lauréat du prix BNP Paribas de la Philanthropie Individuelle en 2012. Michael a dirigé Greenhouse Charity (insertion des jeunes par le sport) comme une entreprise, mû par une culture du résultat et avec la volonté de calculer l’impact social de son organisation et de rendre des comptes aux donateurs.

Certaines fondations élargissent leurs activités. Elles ne se contentent plus d’allouer les dons et de mesurer leur impact : elles réalisent également des investissements liés à leurs missions. Ces investissements visent la réalisation d’objectifs de rentabilité bien définis, en adéquation avec la mission sociale de la fondation. La fondation d’un de nos clients, qui finance l’innovation aux fins de la lutte contre le cancer, s’assure que 30 % de sa dotation est investi dans des sociétés de biotechnologie, en premier lieu dans des entités œuvrant au développement de solutions innovantes permettant de diagnostiquer les cas de cancer.

La frontière entre activités à but lucratif et activités à but non lucratif est floue
, notamment du fait de l’essor de l’entrepreneuriat social, dont l’objectif est de traiter les questions sociales tout en générant un rendement financier. Nous avons récemment aidé une cliente entrepreneure qui n’avait pas eu vent de ces tendances, mais qui incarnait parfaitement les valeurs de l’impact social. Elle ne voulait pas se contenter de donner de l’argent, mais souhaitait mettre sur pied un projet dans son pays natal qui permettrait de créer des emplois durables. Elle a créé une plateforme pour les entrepreneurs sociaux et a réussi à susciter un fort intérêt pour son fonds d’impact investing destiné à financer des projets de développement en Afrique du Nord.


Impact social : la solution miracle à tous les problèmes ?


Malgré l’engouement récent pour l’impact social, il convient de rappeler que de nombreux philanthropes agissent par conviction et soutiennent financièrement des causes en lesquelles ils croient, même si l’impact est plus difficile à démontrer ou peu susceptible de se manifester de leur vivant.

C’est le cas du patron d’un fonds de pension avec lequel nous avons travaillé. Ses activités philanthropiques concourent à son épanouissement précisément parce qu’elles ne sont régies par aucune ligne directrice ou règle entravant sa liberté d’action. Il effectue des dons en fonction de ses plus intimes convictions à des organisations rencontrées au gré de ses voyages.

L’expérience nous a appris qu’il n’existe pas une approche unique en matière de philanthropie. Le fait que l’évaluation formelle de l’impact social n’existait pas auparavant ne signifie pas que les dons stratégiques sont quelque chose de nouveau. Après tout, Aristote affirmait bien qu’« il est en tout homme le pouvoir de donner de l’argent. Mais décider à qui le donner, dans quelle proportion, à quel moment, dans quel but et de quelle manière n’est ni à la portée de chacun ni chose facile ».