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Sustainability Newsletter #74

Publiée le 05/02/2026

#Le chiffre du mois : 30%

En 2025, l’éolien et le solaire dépassent les énergies fossiles dans la production électrique de l’UE

Pour la première fois en 2025, l’éolien et le solaire ont dépassé les énergies fossiles dans le mix électrique de l’Union européenne, un tournant qualifié de « point de bascule majeur » par l’analyste Beatrice Petrovich du think tank Ember. Les énergies renouvelables ont représenté 30% de la production électrique du bloc (avec un record de 13% pour le solaire et 17% pour l’éolien), tandis que les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) en ont fourni 29%. Cette transition illustre les efforts de l’UE pour réduire sa dépendance aux importations énergétiques volatiles, une préoccupation exacerbée par les tensions géopolitiques, comme le différend États-Unis-UE sur le Groenland ou les critiques du secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, qui estime que la dépendance européenne aux technologies chinoises de batteries risque de mener à une « vassalisation ».

Malgré ces progrès, des défis persistent : la consommation de gaz fossile a augmenté de 8% en raison d’une baisse de l’hydraulique, bien que le charbon ait atteint un niveau historique inférieur à 10%, concentré en Allemagne et en Pologne. Des analystes comme Petras Katinas du Centre pour la Recherche sur l’Energie et l’Air propre (CREA) soulignent que la croissance annuelle de 20% du solaire prouve la faculté de déploiement rapide des renouvelables, mais avertissent que la modernisation des réseaux, le stockage par batteries et la flexibilité deviennent désormais des goulots d’étranglement critiques. Des signes encourageants émergent, comme en Italie, où la capacité de stockage (un cinquième du total européen) commence à compenser les pics de demande en soirée, à l’image de la Californie, où les batteries couvrent 20% des besoins en heure de pointe.

Le rapport suggère que les centrales à gaz pourraient bientôt devenir obsolètes. Petrovich exhorte les décideurs à réévaluer les nouveaux investissements pour éviter des actifs dépréciés et des coûts accrus pour les contribuables. Si les renouvelables s’imposent comme l’épine dorsale du système électrique européen, la transition dépendra de l’accélération des mises à niveau des infrastructures pour gérer les flux énergétiques variables. Les climatologues insistent : éolien et solaire domineront une économie décarbonée, mais le rythme des déploiements de réseaux et de stockage déterminera la fluidité et l’accessibilité de cette mutation.

Sources : The Guardian, Reuters, Ember

Tendances et Initiatives

Des abeilles sans dard de l’Amazonie obtiennent des droits juridiques, une première mondiale

Les abeilles sans dard de l’Amazonie péruvienne deviennent les premiers insectes au monde à se voir accorder des droits juridiques, une décision que les défenseurs de l’environnement espèrent voir adoptée comme un précédent mondial. Deux ordonnances régionales reconnaissent désormais leur droit d’exister et de prospérer, face à des menaces telles que la déforestation, les pesticides et la concurrence des abeilles domestiques européennes et africanisées, plus invasives.

Les communautés autochtones, comme les Asháninka, dépendent de ces abeilles pour la pollinisation et la médecine traditionnelle. Pourtant, des recherches menées par des scientifiques comme Rosa Vásquez Espinoza ont révélé un déclin alarmant de leurs populations : autrefois faciles à trouver, elles nécessitent désormais plusieurs heures de recherche.

Une étude publiée en 2020 par Espinoza a montré que le miel de ces abeilles contient des composés médicinaux aux propriétés antivirales et anticancéreuses, mais aussi des traces de pesticides, malgré leur habitat reculé. Son plaidoyer a contribué à l’adoption d’une loi en 2024 les reconnaissant comme espèces natives protégées. Les nouveaux droits juridiques imposent désormais la restauration de leur habitat, un contrôle strict des pesticides et des mesures d’adaptation climatique, avec une représentation légale en cas de préjudice.

Cette avancée suscite un intérêt international : une pétition demande au Pérou d’étendre ces protections à l’échelle nationale, tandis que des groupes en Bolivie, aux Pays-Bas et aux États-Unis étudient des mesures similaires. Pour les communautés autochtones, cette loi valide leurs savoirs traditionnels, tandis que les scientifiques alertent : sans action, ces pollinisateurs essentiels responsables de plus de 80% de la reproduction des plantes amazoniennes, pourraient disparaître.

Source : The Guardian

 

Première archive glaciaire au monde pour préserver les secrets des glaciers en voie de disparition

Des scientifiques ont inauguré la première archive glaciaire au monde en Antarctique, y stockant deux carottes de glace prélevées dans les Alpes européennes au sein d’une grotte de neige spécialement aménagée à la station Concordia, située à 3 200 mètres d’altitude. Ce sanctuaire, maintenu à une température naturelle de -52 °C sans réfrigération artificielle, vise à préserver des échantillons glaciaires menacés de disparition en raison du changement climatique.

Thomas Stocker, président de la Fondation Ice Memory, a qualifié ce projet d’"entreprise pour l’humanité", soulignant qu’il a fallu près d’une décennie pour surmonter les défis logistiques et diplomatiques. La grotte, longue de 35 mètres et creusée 10 mètres sous la surface, abrite désormais des carottes issues du Mont-Blanc et du Grand Combin, avec pour objectif d’y ajouter à l’avenir des échantillons des Andes, de l’Himalaya et du Tadjikistan.

Ces échantillons agissent comme de véritables archives climatiques, piégeant poussières, particules volcaniques et isotopes d’eau qui révèlent les schémas climatiques anciens. Carlo Barbante, vice-président de la fondation, a insisté sur leur valeur future, prédisant que les scientifiques découvriront un jour des "secrets invisibles" grâce à des technologies pas encore inventées.

Pourtant, ces enregistrements sont en danger : 2025 a été confirmée comme la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, accélérant la fonte des glaciers. Barbante a mis en garde contre une "course contre la montre" pour sauver ces données avant que les glaciers ne disparaissent entièrement, des milliers étant menacés de disparition chaque année dans les décennies à venir en raison du réchauffement lié aux énergies fossiles.

Située en Antarctique, zone régie par un traité international, cette archive garantit que les carottes restent politiquement neutres et accessibles aux chercheurs du monde entier, sur la base du mérite scientifique. Anne-Catherine Ohlmann, directrice de la fondation, a reconnu l’absence de cadre juridique pour une telle initiative, mais a souligné la nécessité de gouverner ce projet afin qu’il serve l’humanité pendant des siècles. Ce projet incarne à la fois l’urgence et l’espoir : préserver la mémoire climatique de la Terre tout en naviguant dans un terrain éthique et logistique inexploré.

Source : France24

Finance durable

L'Égypte et le Nigeria en tête de la transition énergétique : des accords en milliards et la finance verte stimulent les ambitions en énergies renouvelables

L'Égypte accélère sa transition énergétique avec un accord de 1,8 milliard de dollars impliquant la Norvège et la Chine, après un récent partenariat GNL avec le Qatar. L’entreprise norvégienne Scatec supervisera le projet "Energy Valley" à Minya, une centrale solaire de 1,7 GW couplée à 4 GWh de stockage par batteries répartis sur trois gouvernorats. De son côté, le chinois Sungrow construira une usine de batteries de 50 000 m² dans la zone économique du canal de Suez, une première en Afrique et au Moyen-Orient, avec une capacité annuelle de 10 GWh d’ici 2027. Ces initiatives s’inscrivent dans l’objectif égyptien de produire 42% de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030, et 60-65% d’ici 2040, renforcé par un accord gazier de 35 milliards de dollars avec le champ israélien Leviathan, prévoyant 130 milliards de m³ de livraisons d’ici 2040.

Des son côté, le Nigeria mise sur la finance verte pour financer sa transition. Le président Bola Tinubu a dévoilé un fonds climatique de 2 milliards de dollars lors de la Semaine de la durabilité d’Abu Dhabi, incluant une plateforme d’investissement de 500 millions de dollars pour des infrastructures résilientes. Les obligations vertes du pays, comme une émission souveraine de 38 millions de dollars en 2025 souscrite à 91 millions, illustrent l’appétit des investisseurs. Par ailleurs, un nouvel accord « Comprehensive Economic Partnership Agreement » (CEPA, Accord de partenariat économique exhaustif) avec les Émirats arabes unis cible les énergies renouvelables, le commerce numérique et des projets intelligents pour le climat. Tinubu vise à mobiliser 25 à 30 milliards de dollars par an en financement climatique, s’appuyant sur des initiatives comme le Fonds pour les énergies renouvelables décentralisées (500 millions de dollars, lancé en 2025), tandis que le Nigeria ambitionne la neutralité carbone d’ici 2060 tout en élargissant l’accès à l’énergie.

Sources : Reuters, Business Insider Africa

Planète et société

La police indienne perquisitionne le domicile de militants écologistes dans le cadre d’une campagne anti-énergies fossiles

La police indienne, via la Direction de l’application de la loi (Enforcement Directorate, ED), a perquisitionné le domicile de l’activiste environnemental Harjeet Singh et de son épouse Jyoti Awasthi, cofondateurs de l’ONG Satat Sampada. Ils sont accusés d’avoir reçu près de 500 000 livres sterling pour promouvoir un traité de non-prolifération des énergies fossiles (FFNPT), une campagne que l’ED qualifie de menace pour la sécurité énergétique de l’Inde.

Selon l’agence, ces fonds, présentés comme des honoraires de consulting, provient d’organisations comme Rockefeller Philanthropy Advisors et viseraient à imposer l’agenda du FFNPT en Inde, exposant le pays à des recours juridiques devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Singh, vétéran des négociations climatiques au sein d’organisations comme ActionAid et le Réseau Action Climat, a rejeté ces accusations, les qualifiant de « infondées, biaisées et trompeuses ». Lui et son épouse ont expliqué que Satat Sampada avait été fondée avec leurs économies personnelles et s’était développée après son départ d’un emploi à temps plein en 2021, grâce à des revenus tirés du consulting et de la vente de produits agroalimentaires.

Le travail climatique de Singh, documenté depuis des décennies dans les médias, contraste avec la description de l’ED, qui le présente comme un relais d’ingérence étrangère. Ce cas illustre les tensions croissantes entre le plaidoyer climatique mondial et les priorités énergétiques nationales en Inde.

Sources : The Guardian, Bloomberg

News entreprises

Nestlé lance un rappel mondial de certains laits infantiles en raison de craintes de toxines

-          Entreprise : Nestlé SA

-          Secteur : Agroalimentaire

-          Note Trèfles : 3/5

Nestlé a initié un rappel mondial de certains lots de ses laits infantiles SMA, Guigoz, Nidal, Beba et Alfamino, après la détection d’une contamination potentielle par la céruléide, une toxine produite par la bactérie bacillus cereus pouvant provoquer des vomissements et des crampes d’estomac. L’entreprise a souligné qu’aucun cas de maladie confirmé n’avait été rapporté, mais a agi « par excès de prudence », qualifiant la sécurité des nourrissons de « priorité absolue ».

Les produits concernés, commercialisés au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie, en Suède et dans d’autres marchés, ont été identifiés en raison d’un problème lié à un ingrédient issu d’un fournisseur. Nestlé a assuré que tous les autres lots et produits restent sûrs.

Des régulateurs, comme l’Agence britannique des normes alimentaires (FSA), ont averti que la céruléide résiste à la chaleur, ce qui signifie que les méthodes de préparation standard (eau bouillante, cuisson) ne neutralisent pas le risque. Jane Rawling, responsable des incidents à la FSA, a exhorté les soignants à cesser immédiatement l’utilisation des produits rappelés, insistant sur la nécessité d’une « action urgente » pour les retirer des rayons.

Nestlé a répété que cette mesure était préventive et volontaire, tout en présentant ses excuses pour « tout désagrément ou inquiétude » causé. Aucune maladie n’a pour l’instant été liée aux lots contaminés. Les autorités et Nestlé ont souligné l’importance de la vigilance, plaçant la santé des nourrissons au-dessus de toute perturbation potentielle.

Sources : BBC, Le Monde, The Guardian

 

Heidelberg Materials livre le premier ciment à faible émission de carbone capté au monde

-          Entreprise : Heidelberg Materials

-          Secteur : Matériaux

-          Note Trèfles : 4/5

Le producteur allemand de ciment Heidelberg Materials a annoncé avoir commencé à livrer ce qu’il qualifie de premier ciment à faible émission de carbone grâce au captage au monde à des clients en Europe.

Ces livraisons proviennent de l’usine de captage et stockage du carbone (CSC) de Brevik, en Norvège, inaugurée en juin 2025. Le site est conçu pour capter environ 400 000 tonnes de CO₂ par an, soit 50% des émissions totales de l’usine, destinées à un stockage permanent sous la mer du Nord, selon Heidelberg Materials.

« Je suis fier et ravi d’annoncer que toute la chaîne de processus est désormais opérationnelle », a déclaré le PDG Dominik von Achten. Les premières livraisons soutiennent la construction de la nouvelle gare de Skøyen à Oslo, tandis qu’un autre client, le projet de logements imprimés en 3D DREIHAUS à Heidelberg (Allemagne), utilise evoZero pour développer trois maisons imprimées.

Source : S&P

 

Eni scinde ses raffineries dans le cadre de sa stratégie d'énergie décarbonée

-          Entrerprise: Eni

-          Secteur : Énergie

-          Note Trèfle : 3/5

La société énergétique italienne Eni a annoncé le transfert de la branche d'activité de son unité Refining Evolution & Transformation, qui comprend les raffineries et les activités logistiques en Europe et au Moyen-Orient, vers une nouvelle société nouvellement créée, Eni Industrial Evolution S.p.A. Selon l'entreprise, cette transaction s'inscrit dans le cadre de sa « stratégie visant à garantir une offre énergétique entièrement décarbonée, tant dans les processus de production qu'à destination des consommateurs, en saisissant les opportunités et perspectives de croissance offertes par la transition énergétique ».

Eni s'est fixé pour objectif de réduire toutes les émissions d'ici 2050, avec une stratégie axée sur l'optimisation et l'amélioration de son portefeuille pétrole et gaz, ainsi que sur le développement des énergies renouvelables, de l'économie circulaire et de nouvelles solutions et services énergétiques. Bien qu'Eni se sépare de ses raffineries traditionnelles clés en Italie, elle conservera les actifs qu'elle a convertis en bioraffineries, notamment ses bioraffineries de Gela et de Venise.

Source: ESG Today

Etudes

La déforestation de petites parcelles de forêt tropicale a un impact disproportionné sur le climat

Une étude publiée dans Nature révèle que les zones de déforestation de petite taille, souvent inférieures à 2 hectares, sont dans les forêts tropicales humides responsables de plus de la moitié des pertes de carbone des forêts tropicales au cours des 30 dernières années. L’Afrique et l’Asie du Sud-Est sont particulièrement vulnérables. Cette recherche met en lumière l’impact disproportionné des petites activités humaines sur la perte de carbone forestier, soulignant le besoin de protection et de politiques de lutte contre la déforestation à tous les échelons pour protéger ces écosystèmes vitaux.

Cette étude qui intègre des données satellitaires haute résolution montre que les petites perturbations (< 2 hectares, l’équivalent de 2 terrains de football) représentent seulement 5% des zones déboisées, mais sont à l’origine de 56% des pertes nettes de carbone des forêts tropicales. Ces pertes sont principalement dues à la conversion définitive des forêts humides, qui sont d’important stocks de carbone, en cultures, pâturages, routes ou zones urbaines.

L’étude a utilisé une méthode de comptabilité du carbone de la biomasse avec une résolution de 30 mètres, combinant données satellitaires et courbes de récupération de la biomasse. Cette approche permet de mieux comprendre l’ampleur des différents types de perturbations (incendies, dégradation, régénération) sur le bilan carbone des forêts tropicales, grâce aux nouvelles cartes haute résolution de la biomasse fournies par l’Agence spatiale européenne.

Sources : Le Monde, LSCE, Nature

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