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Sustainability Newsletter #49

 Publiée le 12/01/2024

#Le chiffre du mois - 4x

La technologie de capture CO2 nécessiterait un réseau de pipelines équivalent à 4 fois le tour de la Terre 

En décembre, les plus grands représentants mondiaux ont signé un pacte historique lors des négociations climatiques de la COP28 pour s’éloigner de l’utilisation des combustibles fossiles. Lors de cette conférence, une technologie clé, que certains qualifient de bouée de sauvetage, a également été approuvée : le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CCUS). Ces technologies consistent à récupérer ce gaz à effet de serre lors de sa production ou le capter dans l’atmosphère, avant de le stocker dans le sous-sol. Les États-Unis sont actuellement le principal terrain d’essai pour ce type de nouvelles technologies, ayant investi plus de $83 milliards dans ces technologies de CCUS au cours des trois dernières décennies. Néanmoins, le réseau nécessaire pour traiter le CO₂ capté par les centrales électriques ou aspiré directement de l’atmosphère aux États-Unis nécessiterait une portée gigantesque, nécessitant jusqu’à 150’000 km de nouveaux pipelines. Selon une estimation du département de l’énergie, cette distance représenterait l’équivalent de 4 fois le tour de la Terre. De plus, la construction de toutes les infrastructures nécessaires chiffrerait à environ $230 milliards, selon une analyse du Centre pour l’énergie et l’environnement de l’Université de Princeton. 

Pour financer ces nouvelles infrastructures, l’administration Biden s’appuie sur la loi sur le climat (Inflation Reduction Act), qui contient des milliards de dollars en incitations au captage du carbone. Celle-ci comprend l’augmentation du crédit d’impôt pour les centrales électriques et les autres pollueurs qui capturent et stockent leur carbone à hauteur de $50 à $80 la tonne. Alors que les critiques affirment que l’incitatif fournit n’est qu’une bouée de sauvetage pour les centrales électriques au charbon, les promoteurs affirment pourtant qu’un financement est nécessaire pour atteindre les objectifs ambitieux d’émissions CO₂ de l’administration Biden d’ici 2050.

Sources: Bloomberg, Andlinger Center

Tendances et Initiatives

Les investissements 2024 stimulés par la transition vers une économie à faibles émissions carbone

En décembre, l’un des géants mondiaux de l’investissement a identifié la transition vers une économie à faibles émissions de carbone comme l’une des quelques « méga-forces » clés qui, selon lui, devraient générer d’importantes opportunités d’investissement au cours de la prochaine année. En effet, BlackRock a annoncé que la « réaffectation massive du capital » devrait être motivée par la nécessité de recâbler les systèmes énergétiques afin de passer à une économie à faibles émissions de carbone. L’entreprise a déclaré que les investissements en capital dans le système énergétique mondial pourraient doubler pour atteindre 4000 milliards de dollars par an jusqu’en 2050, grâce à l’adoption de sources d’énergie à faible émission de carbone, qui devraient représenter 70 % de l’énergie mondiale d’ici 2050. En plus des solutions de décarbonisation, BlackRock a également noté des opportunités d’investissement dans la résilience climatique, ou la préparation et l’adaptation aux aléas climatiques, ainsi que la reconstruction après les dommages liés au climat. Parmi les possibilités d’infrastructure mises en évidence dans son rapport figurent « le stockage de l’énergie, l’électrification des transports et les carburants de remplacement pour l’aviation et le transport maritime ».

Sources : ESG Today, BlackRock

Finance durable

Le régulateur des marchés européen souhaite encadrer l’utilisation des « ESG » ou « durabilité » dans les noms de fonds 

En décembre, l’autorité de régulation des marchés de l’Union Européenne (ESMA) a mis à jour son projet réglementaire visant à encadrer l’utilisation des termes de durabilité dans les noms de fonds d’investissement. Cette version introduit notamment une nouvelle catégorie « transition » permettant d’identifier les fonds qui ne sont pas jugés suffisant pour être classés comme « durables », mais qui sont tout de même dotés d’une stratégie de transition écologique. L’objectif est de protéger les investisseurs contre le risque de « greenwashing » en veillant à ce que les noms de fonds qui contiennent des termes comme « ESG » ou « durabilité » reflètent fidèlement les politiques de placement des fonds. Dans une étude récente publiée par l’ESMA, le régulateur a constaté que la proportion de fonds utilisant des termes relatifs à l’ESG avait augmenté de plus de 4 fois en 10 ans. Bien que certains gestionnaires de fonds lancent de nouveaux produits intégrant les facteurs ESG dans leur politique de gestion, d’autres se contentent simplement de modifier le nom de certains fonds pour intégrer des termes liés à la durabilité. 

De plus, l’étude révèle également une tendance à utiliser des termes ESG plus génériques, rendant la tâche plus difficile pour les investisseurs de vérifier si les placements sont effectivement alignés avec les noms des fonds. Par conséquent, l’ESMA a introduit un seuil de proportion minimale de placements requis pour prétendre à une terminologie ESG dans le nom d’un fond. Le régulateur exigerait donc une proportion minimale de 80 % des investissements jugés durables, l’application d'un Paris Alignement Benchmark (PAB) * ainsi que l’application de critères d’investissement responsable conformes à la définition SFDR.

*Paris-aligned benchmark (PAB) : réduire l'intensité carbone de 50% en comparaison de l'univers d'investissement initial, ainsi que mettre en place une réduction annuelle de l'intensité carbone de 7% minimum.

Sources: ESG Today, European Securities and Markets AuthorityBNP Paribas CIB

 

Au lendemain de la COP28, l’avenir des marchés carbone toujours en suspens 

Si la COP28, qui s’est terminée le 13 décembre à Dubaï, a abouti à un très attendu accord sur la sortie des énergies fossiles, elle a en revanche buté sur un autre enjeu central de la lutte contre le dérèglement climatique : la régulation du marché du carbone. Les négociateurs ne sont pas parvenus à s’entendre sur des règles communes pour encadrer les échanges de crédits d’émissions de CO2 bien qu’ils aient fait l’objet de récents scandales. Les crédits carbone sont des certificats qui «valent» chacun une tonne de CO2 évitée ou absorbée, par exemple via des mesures de protection de la forêt ou de promotion des énergies propres. En acquérir offre ainsi la possibilité théorique de compenser ses propres émissions. Des entreprises le font dans l’optique de s’afficher «neutres en carbone» et afin donc de compenser une partie de leurs émissions.

Ces crédits carbones sont en théorie échangeables sur deux types de marchés distincts, un marché de conformité (via des Compliance Emission Rights) ainsi qu’un marché volontaire (via Voluntary Emission Rights) qui repose sur une approche plus coopérative. Bien que le marché de conformité ne soit pas encore opérationnel, le marché qualifié de « volontaire » fonctionne d’ores et déjà. Les entreprises ainsi que certains états ont déjà mis en place des cadres pour acheter ce type de crédits et les comptabiliser dans leurs plans climats (appelés Contributions Déterminées au Niveau national, CDN). Néanmoins, de nombreuses études ont démontré l’efficacité climatique de plusieurs de ces projets.

Malgré l’importance de l’enjeu, les débats lors de la COP28 se sont principalement cristallisés sur le degré de transparence et la définition des activités d’absorptions autorisées pour générer des crédits. La proposition sur la table à Dubaï a notamment été jugée insuffisante par les Européens en raison de son manque d'intégrité environnementale. A l’inverse, certains pays d'Amérique latine se sont également opposés à ce texte le jugeant trop contraignant. C’est donc un rendez-vous manqué pour les Etats membres, qui avait pourtant l’objectif d’aboutir enfin à la création du cadre réglementaire des marchés carbone, beaucoup plus robuste pour éviter que les problèmes observés sur les marchés volontaires.

 Sources: Le Temps, ReutersEcosytem Marketplace, Les Echos

Planète et société

L’intelligence artificielle, une « bombe climatique » invisible pour certains

En 2023, ChatGPT a fait irruption dans de nombreux outils professionnels, impliquant certains data centers à redoubler d’activité. Mais, alors que cette intelligence artificielle (AI) implique une consommation énergétique massive, l'entreprise OpenAI aux manettes est de plus en plus opaque sur les émissions de CO₂ qui lui sont associées. Dans son sillage, les autres géants de l'IA eux aussi sont de plus en plus discrets sur le sujet. L'ensemble du secteur préfère occulter cette question comme le montre l'absence de mention des impacts écologiques de l'IA lors du premier sommet mondial sur les risques posés par l'intelligence artificielle qui s’est tenu en novembre 2023 au Royaume-Uni. Pourtant, certaines estimations des émissions de CO₂ donnent le tournis et révèlent un bilan carbone du numérique qui explose. 

En effet, "Des dizaines de milliers de modèles sont déployés en parallèle pour éviter aux utilisateurs d’attendre lorsqu’ils posent une question", explique S. Lucioni, spécialiste de l’impact carbone de l’intelligence artificielle au sein de la start-up Hugging Face. L’analyste Kasper Ludvigsen, fondateur de la Communauté danoise de Data Science, a quant à lui estimé que si 3 milliards de personnes utilisaient le chatbot avec une trentaine de recherches par jour, les émissions atteindraient en 20 ans plus d’un milliard de tonnes de CO₂. Dans ce scénario extrême, l’IA pourrait devenir aussi polluante que des méga projets pétroliers et gaziers sur l'ensemble de leur cycle de vie. Alors que les géants de l’industrie sèment le flou, tous les spécialistes affirment pourtant que les entreprises auraient la capacité de calculer les émissions de CO₂ associées à l'IA. 

Sources : Novethic, MIT Technology

News entreprises

TotalEnergies investit $300 millions sur le marché indien des énergies renouvelables via une nouvelle joint-venture avec Adani Green Energy

-          Entreprise : TotalEnergies 

-          Secteur : Energy

-          Note trèfle : 4/10

Adani Green Energy Limited, développeur et opérateur d’énergie renouvelable basé en Inde, a annoncé la joint-venture avec le géant français de l’énergie Total Energies, comprenant un investissement de $300 millions de Total Energies pour la participation à hauteur de 50 % dans un portefeuille de plus de 1GW de projets solaires et éoliens. La nouvelle joint-venture comporte donc un portefeuille de 1’050 MW de projets d’énergie solaire et éolienne en Inde, dont 300 MW déjà en exploitation et 750 MW en construction. Adani Green est le plus grand développeur d’énergie renouvelable en Inde et joue un rôle crucial dans la transition vers une énergie propre. Elle dispose déjà d’un portefeuille d’exploitation renouvelable de 8,4 GW répartis dans 12 États. La société a déclaré que cette transaction l’aidera à atteindre son objectif de capacité de 45 GW d’ici 2030.

Sources: OutlookIndia, ESG Today

 

Le régulateur britannique lance une enquête sur Unilever concernant ses allégations écologiques

-          Entreprise : Unilever Plc

-          Secteur : Household & Personal products

-          Note trèfle : 5/10

En décembre, l’Autorité de la concurrence et des marchés (CMA) du Royaume-Uni a annoncé lancer une enquête sur Unilever, après qu’un examen initial a révélé « un éventail de pratiques préoccupantes » exercées par l’entreprise suspectée de surestimer les attributs environnementaux de certains de ses produits. À la suite de son investigation des entreprises du secteur des biens de consommation courante, l’organisme de réglementation a annoncé qu’il entreprendrait donc une enquête sur Unilever, à la suite de l’utilisation d’un langage trop « vague et évasif » qui pourrait induire les consommateurs en erreur quant à l’impact environnemental de certains produits. En effet, l’organisme de réglementation a expliqué que les « couleurs et images » utilisées par Unilever « pouvaient donner l’impression que certains produits étaient plus écologiques qu’ils ne l’étaient en réalité ». Dans une déclaration d’un porte-parole d’Unilever, l’entreprise a réfuté les allégations et a ajouté que l’entreprise collaborerait avec la CMA dans son enquête.

Sources: ESG Today, Le Matin, ZoneBourse

 

Amazon réduit ses émissions grâce à des modes de livraison plus propres en Europe

-          Entreprise : Amazon.com

-          Secteur : Internet, Content, Software & Services

-          Note trèfle : 4/10

Amazon révéle avoir augmenté son utilisation du transport ferroviaire et maritime de 50% en 2023 en Europe, entraînant des réductions importantes des émissions CO₂, ainsi qu’une accélération des livraisons aux clients et des transferts de stocks. Selon Amazon, la société s’est fixé pour objectif de réduire considérablement ses émissions de carbone d’ici 2040 sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Les émissions de scope 3, soit celles provenant de la chaîne de valeur de l’entreprise en dehors de son contrôle direct, représentent plus des 3/4 de l’empreinte carbone d’Amazon. Dans son récent rapport sur le développement durable, la société a cependant révélé qu’elle avait réussi à réduire ses émissions de scope 3 de 0,7 % en 2022, malgré une croissance de ses revenus de 9 %, grâce à des réductions d’émissions attribuables à des secteurs tels que la construction de bâtiments, les bâtiments et équipements loués et le transport par des tiers. 

Sources: ESG Today, Railway Technology

Etudes

L'empreinte carbone des citoyens suisses passée au crible

Une récente étude menée par l'institut de recherche Sotomo pour le compte de l'entreprise spécialisée dans les solutions énergétiques, Helion, offre un regard approfondi sur l'empreinte écologique des divers groupes de population. Les conclusions de cette étude dévoilent des résultats surprenants, mettant en lumière l'impact des choix individuels sur l'environnement.

L’emprunte carbone moyenne par citoyens suisse s’élève à près de 10,5 tonnes par an. Parmi les différentes tranches d’âges, les jeunes adultes de 18 à 35 ans remporte la palme de la plus grande empreinte carbone, émettant près de 11,3 tonnes de CO₂ par an. Cette disparité s'explique principalement par une préférence accrue des jeunes pour les voyages en avion, une habitude plus marquée chez eux que chez leurs ainés. L'auteur met en garde contre toute généralisation hâtive. Les résultats soulignent en réalité que seul une petite partie de la jeune génération prendrait l’avion et consommerait de manière excessive. Cette minorité pousserait toutefois la moyenne vers le haut et ferait « exploser le bilan climatique » des jeunes.

Comme démontré dans plusieurs études par le passé, l’analyse confirme que les citoyens suisses aisés ont un impact plus important sur le climat. Les résultats montrent que les individus percevant un revenu mensuel supérieur à 16'000 CHF ont la plus grande empreinte carbone parmi les groupes de population étudiés, atteignant près de 14,8 tonnes par an. Une analyse approfondie révèle que cette empreinte élevée est principalement due à une fréquence plus élevée de voyages en avion et de dépenses liées au shopping. En revanche, la distinction n’est pas observée en matière d’habitation. Selon les auteurs, cette constatation s'explique par le fait que les personnes à hauts revenus ont tendance à résider dans des bâtiments neufs bien isolés, souvent équipés de solutions éco énergétiques telles que des installations solaires ou des pompes à chaleur, ce qui compense en partie leur surconsommation.

L’analyse révèle également que la responsabilité individuelle en matière d'empreinte carbone tend bien souvent à être sous-estimée. Bien que de nombreux concitoyens affirment déjà réaliser des efforts, comme la réduction de la consommation de viande ou de voyages en avion, seul 50% de la population serait prête à ajuster son mode de vie de manière plus rigoureuse. Pour rappel, une empreinte carbone de 2 tonnes par personne et par an représente l’objectif cible nécessaire pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C d'ici la fin du siècle.

Sources: 24heuresSwissinfo

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