BNP Paribas utilise des cookies sur ce site internet. En poursuivant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation de ces cookies. Vous pouvez consulter notre Politique Cookies pour de plus amples informations et pour savoir comment les bloquer sur votre ordinateur. Le fait d’empêcher le dépôt de cookie sur votre terminal peut induire une expérience réduite des fonctionnalités de ce site.

#Investissements — 15.03.2018

Actions : l’automobile, un secteur dans la tourmente ?

Guillaume Duchesne

Le secteur a bien performé en 2017, mais doit faire face à de fortes transformations. Quelles perspectives offre-t-il ?

Le 27 février, la Cour fédérale de Leipzig a confirmé que les grandes villes allemandes avaient désormais le droit d’interdire la circulation des voitures diesel, jugées polluantes, sur leur territoire. Stuttgart et de Düsseldorf souhaitaient en effet pouvoir bannir les voitures diesels les plus anciennes du centre-ville, mais certains Länders, craignant un effet négatif sur l’emploi dans l’automobile, avaient saisi la Cour fédérale.


Cette décision est évidemment une bonne nouvelle pour la qualité de l’air (réduction des particules fines), mais moins pour l’industrie automobile. Bien que la décision de la Cour de Leipzig ne fasse pas figure de règle pour l’ensemble du territoire allemand, elle met en lumière une réglementation de plus en plus drastique en termes d’émissions ce qui peut poser des problèmes aux constructeurs automobiles. La succession possible de décisions politiques donne en effet une impression d’accélération des effets disruptifs dans le secteur.  Le marché est en train de se transformer profondément: le diesel ne représente aujourd’hui plus que 40% des ventes en Europe (contre plus de 50% en 2016).  Les constructeurs doivent donc s’adapter. Certains initient un virage réussi vers la voiture électrique, mais la concurrence est rude sur ce segment. Il est difficile à ce stade de dire qui seront  les gagnants sur la prochaine décennie.
 

Par ailleurs, d’autres facteurs appellent à la prudence sur le secteur :

  • Un regain de protectionnisme aux Etats-Unis. Le sujet domine l’actualité à plusieurs titres. Tout d’abord, la renégociation des accords de libre-échange de l’Alena entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, est toujours en cours de discussion. L’industrie automobile, qui y est un sujet central, pourrait faire face à des changements de réglementation. Ensuite, le Président Trump a annoncé, dans le cadre de sa politique commerciale, l’instauration de nouveaux tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis. La mesure pourrait avoir  un effet direct sur le coût de fabrication des véhicules aux Etats-Unis.  Enfin, le Président Trump envisage de rééquilibrer les droits de douane dans l’industrie automobile entre l’Europe et les Etats-Unis. La différence est notable : 10% de droits pour les véhicules américains entrant en Europe contre 2,5% pour les automobiles européennes importées aux Etats-Unis. Cette décision pénaliserait principalement les constructeurs  allemands.
  • Une conjoncture moins favorable qu’en 2017. Le cycle de ventes de voitures est bien avancé dans de nombreux pays. En Amérique du Nord, en Grande-Bretagne et en Chine, le marché est en effet déjà mature. Seule en Europe, les ventes peuvent potentiellement encore progresser. De plus, la hausse des taux d’intérêt, notamment aux Etats-Unis, est pénalisante pour le secteur, les conditions de crédit étant de facto moins favorables.
  • Des valorisations peu attrayantes. Le secteur de la consommation a largement été joué par les investisseurs boursiers ces dernières années. Les valorisations ne sont pas toujours attrayantes, en particulier aux Etats-Unis. Le secteur s’y échange à 11 fois les bénéfices, bien au-dessus de sa moyenne historique.


Dans ces conditions, il est préférable de maintenir une position prudente sur l’industrie automobile, et ce malgré l’environnement porteur pour les valeurs cycliques (notamment pour les industriels et les matériaux) grâce à une croissance économique solide. Le secteur de l’automobile a d’ailleurs sous-performé depuis le regain de volatilité en février.